Le blog' de Gautier

Soyez les bienvenus sur le blog de Gautier Mornas, "le journal d'une âme" d'un jeune prêtre catholique presque comme les autres !

15 novembre 2007

"Par des sentiers resserés"

Chers amis,

Paraît aujourd’hui - 15 novembre - le dernier livre du P. Jean-Miguel Garrigues, dominicain. Dans ce récit autobiographique construit sous la forme d’un entretien avec deux amis de 30 et 50 ans, il nous fait part de ses divers engagements au sein d'une Église en crise, dans un monde où s'opèrent des bouleversements moraux, culturels et religieux.

Né dans une famille de diplomates, il passe son enfance entre Paris, Rome, Madrid et Washington. Alors que se déroule le concile Vatican II, il étudie la théologie auprès de grands maîtres comme Congar, Lubac, Ratzinger ou Le Guillou, et fait profession chez les Frères prêcheurs de la Province de France. Il met à profit cette formation poussée dans de grands projets extrêmement variés : il participe à la fondation de fraternités monastiques et s'engage dans le Renouveau charismatique au cours des années 1970. Sa vie est largement consacrée à la clarification et la diffusion des dogmes théologiques : il collabore à la rédaction du Catéchisme de l'Église catholique, à celle des actes de repentance de Jean-Paul II, et est nommé 3 années de suite prédicateur de Carême à Notre-Dame de Paris. Il s'engage aussi dans un travail de réévaluation de la vocation du peuple juif et publie de nombreux ouvrages, notamment « Dieu sans idée du mal » (Desclée de Brouwer, 1990) et « À l'heure de notre mort » (Éditions de l'Emmanuel, 2001).

La relecture de cette vie vouée à Dieu permet de faire le point sur la situation de l'Église aujourd'hui dans le monde et sur les défis qu'il lui reste à relever. Les mémoires de Jean-Miguel Garrigues touchent à la fois l'intelligence et le cœur et témoignent d'un homme qui a su comprendre l'Église dans toute sa richesse et dans toute sa diversité qui fait sa grandeur.

Je vous recommande vivement la lecture de ces Mémoires.

Fraternellement,

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Par_des_sentiers_resser_sJean-Miguel GARRIGUES, Par des sentiers resserrés. Itinéraire d’un religieux en des temps incertains, Presses de la Renaissance, Paris, 320 pages, 22 €.

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29 juillet 2007

« Fils unique, j'ai longtemps eu un frère. »

Un_secretSouvent les enfants s'inventent une famille, une autre origine, d'autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s'est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu'il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas… Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c'est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu'il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ramène aux temps de l'Holocauste, et des millions de disparus sur qui s'est abattue une chape de silence. Une belle découverte littéraire de l’été…

Psychanalyste, Philippe Grimbert est venu au roman avec "La Petite Robe de Paul". Avec ce nouveau livre, couronné en 2004 par le prix Goncourt des lycéens et en 2005 par le Grand Prix littéraire des lectrices de Elle, il démontre avec autant de rigueur que d'émotion combien les puissances du roman peuvent aller loin dans l'exploration des secrets à l'oeuvre dans nos vies.

Fraternellement,

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14 juin 2007

Lectures pour l'été...

Chers amis,

vagues1Au terme de cette première année au Séminaire des Carmes, et alors que je pensais désormais tout connaître des usages de cette noble maison, je viens de me laisser ravir, une nouvelle fois…

Tradition visiblement bien établie du mois de juin, et plus précisément de la dernière assemblée communautaire de l'année, le Supérieur - le P. Robert SCHOLTUS - s'est livré au merveilleux exercice du commentaire des différents livres qu’il a lus au cours des douze derniers mois, nous les conseillant, au passage, comme lectures de l’été.

J’y ai opéré mon tri et ne résiste pas au plaisir de vous les partager.

Bien fraternellement et bonnes lectures.

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Itinéraires spirituels

René-Claude Baud, Ce qui remonte de l'ombre : Itinéraire d'un soignant, Bayard, coll. Christus, 172 pages, 19,80 euros.

BaudJésuite, René-Claude Baud fut pendant près de vingt ans aide-soignant de nuit dans un hôpital, au contact notamment de malades atteints du SIDA, après avoir assuré la direction d’établissements d’enseignement. Il est le fondateur de l'association Albatros à Lyon, pionnière dans la formation des accompagnateurs en soins palliatifs.

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Patrick Gormally, Jean Sulivan, libre sous le regard de Dieu. Anthologie, éditions Fidès, 17 euros.

Prêtre du diocèse de Rennes, Jean Sulivan devient à son ordination en 1938 professeur au Collège S. Vincent de la cité bretonne. Au sortir de la guerre, il inaugure une « pastorale de la culture » avec un centre de conférences (Renaissance spirituelle) et un cinéma d’art et essai (La chambre noire), avant d’être, selon son expression, « détaché en écritures » par son évêque. Il fonde alors chez Gallimard la fameuse collection Voies ouvertes. Il meurt en 1980.

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Romans et essais

Jean Rolin, L’explosion de la durite, POL, 220 pages, 17 euros.

L'idée, c'était de se procurer à Paris une vieille voiture en état de rouler, et de l'expédier au Congo où elle deviendrait un taxi. Celui-ci assurerait des ressources régulières à la famille du colonel, restée au pays quand lui-même avait été contraint de s'expatrier. Tel que le colonel et le narrateur l'avaient conçu, dans un café de la porte de Clichy, le projet était simple et brillant. Chemin faisant, tant sur mer que par la route, selon un itinéraire qui recoupe parfois ceux de Joseph Conrad, de Patrice Lumumba, de Che Guevara et d'autre fantôme moins illustres, il va se heurter à un grand nombre de difficultés, imputables aussi bien à l'état de la voiture qu'à celui du pays lui-même. Parmi toutes ces difficultés, finalement, il n'est pas avéré que la pire soit l'explosion de la durite.

Laurent Mauvignier, Dans la foule, Editions de Minuit, 376 pages, 19, 50 euros.

Dans_la_fouleJeff et Tonino venus de France, Geoff et ses frères de Grande-Bretagne, Tana et Francesco qui viennent de se marier en Italie, mais aussi Gabriel et Virginie à Bruxelles, tous seront au rendez-vous du « match du siècle » : la finale de la coupe d'Europe des champions qui va se jouer au stade du Heysel, ce 29 mai 1985. La jalousie, le vol des billets, l'insouciance d'une lune de miel : plus rien n'aura d'importance après le désastre. Excepté de retrouver Tana.

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Philippe Forest, Tous les enfants sauf un, Gallimard, 174 pages, 11, 90 euros. 

Philippe_ForestDix ans après, Philippe Forest revient sur l'événement qui fut à l'origine de son premier roman, L'enfant éternel. Le récit d'hier est devenu un essai. Que peuvent signifier dans notre monde aujourd'hui la maladie et la mort d'un enfant ? Le chagrin provoqué par la perte, l'effarement devant la vérité crue et la révolte exigent d'être pensés sans répit. Les mythologies mensongères, le prétendu " travail de deuil ", le recours à la religion et à tous ses substituts, la sentimentalité carnassière avec laquelle la société considère la souffrance des enfants forment les questions de fond soulevées dans ce livre. " Tous les enfants, sauf un, grandissent ", écrivait James Barrie au début de son Peter Pan. Le premier roman de Philippe Forest citait cette phrase qui donne son titre à l'essai qu'on va lire, car la mort d'une enfant constitue en soi une exception à la règle de la vie.

Né en 1962, Philippe Forest est essayiste et romancier. Il est notamment l'auteur de L'enfant éternel (prix Femina du premier roman 1997), Toute la nuit (1999) et Sarinagara (prix Décembre 2004).

Michael COLLINS, La vie secrète de Robert E. Pendleton, Christian Bourgeois éditeur, 528 pages, 26 euros.

Cette enquête s’ouvre sur le suicide bâclé de Pendleton, écrivain raté et professeur sur le point de perdre sa chaire de Creative Writing. Des années plus tôt, il a publié à compte d’auteur un roman sur un psychopathe meurtrier d’une adolescente. Adi, une de ses étudiantes énamourée retrouve le manuscrit en fouillant chez Pendleton et reconnaît en lui un chef-d’œuvre. C’est la confession d’un tueur d’enfant où « Nietzsche rencontre Charles Manson ». Alors que Pendleton est toujours plongé dans le coma, la réimpression du roman rencontre un énorme succès et Adi s’immisce toujours plus dans la vie de Pendleton. Il n’y a qu’un problème : l’intrigue centrale du roman ressemble furieusement à l’effroyable meurtre non élucidé d’une jeune fille des alentours.

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02 juin 2007

« À l'heure de notre mort : accueillir la vie éternelle »

Avec les sept chapitres de « À l'heure de notre mort : accueillir la vie éternelle », le P. Jean-Miguel Garrigues veut nous aider à approcher le mystère de la mort dans la confiance en Dieu qui nous sauve et dans la réalité de la communion des saints. Si ce livre s'adresse d'abord aux pasteurs et à tous ceux qui accompagnent de grands malades, il pourra aussi aider la réflexion de chacun de nous quand il pense au sens ultime de sa vie. Son style le rend réellement accessible.

Le théologien « voudrait essayer de poser un regard croyant sur le mystère de la mort » (p. 13), moment où se rencontrent la libre décision divine et la libre réponse humaine, rendez-vous d'amour entre deux libertés. Bref, c'est pour lui l'apprentissage de la liberté qui permet d'approcher sans crainte le mystère de la mort.

Au moment de l'agonie, il souligne que c'est, en somme, la vie éternelle qui vient au-devant de celui qui va quitter la vie terrestre. Dans l'extrême angoisse du mourant, le P. Garrigues invite à l’accompagnement, cet accompagnement qui peut être une aide à remettre son esprit entre les mains du Père.

L'auteur livre ensuite une réflexion personnelle sur ce qui se passe entre ces deux moments : mort clinique et mort réelle, celle de l'ultime évangélisation par le Rédempteur lui-même qui a donné sa vie pour tous.

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Jean_Miguel_GARRIGUES_1Le P. Jean-Miguel Garrigues est religieux de la province dominicaine de Toulouse. Théologien, il a prêché le carême à Notre-Dame de Paris trois années de suite et est l’auteur de nombreux ouvrages.

A_l_heure_de_notre_mortJean-Miguel Garrigues, « À l'heure de notre mort : accueillir la vie éternelle », Éd. de l'Emmanuel, coll. « Vie spirituelle », 2002, 176 p., 9,90 €.

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29 mai 2007

Juifs d’élection. Se convertir au judaïsme.

juifOn naît juif, on ne le devient pas ! Pourtant, la conversion au judaïsme existe. Mieux, elle a été minutieusement codifiée, même si les rabbins n'aiment guère l'évoquer.

Éthique ou filiation : retraçant le processus du passage, de la première rencontre à l'immersion dans le bain rituel, Sébastien Tank-Storper montre comment ces demandes questionnent profondément la religion juive. Elles interrogent également l'exercice de l'autorité dans un univers moderne qui veut néanmoins se placer sous le signe de la Tradition et de la Loi. Car s'identifier, c'est aussi être identifié. Et faire autorité, c'est aussi accepter la subjectivité.

Mais ces parcours de convertis composent d'abord et surtout un tableau vivant et pluriel du judaïsme contemporain car son enquête s'est déroulée pendant quatre ans dans quatre pays : Israël, Etats-Unis, Argentine et France, où il a demandé à des convertis et à des candidats à la conversion de faire le récit de leur itinéraire religieux.

Docteur en sociologie, Sébastien Tank-Storper est chercheur associé au Centre d'études interdisciplinaires des faits religieux (EHESS).

resizeJuifs d’élection. Se convertir au judaïsme, de Sébastien Tank-Storper, CNRS Editions, 2007, 250 pages, 23 €.

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27 avril 2007

« Promenades spirituelles en Périgord »

SBTLe Périgord est l’une des plus belles – sinon LA plus belle – des régions françaises… Parmi ses nombreux charmes – gastronomiques, historiques, architecturaux, etc. – la spiritualité y tient une place d’excellence. L’on ne s’étonnera pas qu’un séminariste périgourdin - même d’adoption - tienne une telle affirmation !

Sur le rythme de la promenade qu’elle affectionne tant, Suzanne Boireau-Tartarat nous invite à flâner en Dordogne, où elle réside, et à visiter ce coin de France grâce à ses textes et aux dessins de Jacques, son mari.

Terre où l'homme de Lascaux a laissé ses signes chamaniques ; où l'art roman a inscrit ses sublimes témoignages ; où Montaigne, La Boétie, Fénelon vécurent, pensèrent, écrivirent ; où désormais s'arrêtent les moines bouddhistes et fleurit le dialogue interreligieux ; où prièrent des figures éminentes du christianisme (S. Vincent de Paul, le Pasteur John Bost, Charles de Foucauld, Jacques Loew, Madeleine Delbrêl…)

suzanneboireautartaratC'est tout le talent de Suzanne, à l'écoute des signes de la spiritualité, que de faire parler les paysages et les grands visages qui y ont marqué l'histoire. On part ainsi à la rencontre d'un Périgord authentique, fait de traditions multiples, qui se sont enrichies et composent désormais un somptueux programme de découvertes...

Que faites-vous cet été ?

1Promenades_spirituelles_en_P_rigordSuzanne BOIREAU-TARTARAT,

« Promenades spirituelles en Périgord », Albin Michel, Paris, 336 pages, 19,90 €.

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11 mars 2007

Crottes de Bic !

bic_2Je hais la personne qui m'a vendu l'ouvrage comme si de rien n'était. Par Internet, lorsque l’on recherche un livre disparu des rayons des libraires depuis longtemps, on est contraint de se fier à la description écrite de l'exemplaire.

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Et, surtout, je ne compte pas ma détestation pour la personne qui a détenu ce livre, l'a lu, et l'a rejeté en l'état, porteur de ses soulignements, voire de ses annotations personnelles. Je songe à quelqu'un qui se déferait de son linge, pour qu'un autre le vende. Son linge sale.

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Mais qu'est-ce qui peut bien justifier cette sorte de haine sourde pour celle ou celui qui a pique-niqué avant moi sur le pré de la page et laissé trace de son passage ? Si ce n'est que je reconstitue son menu à travers ses déjections et vérifie que, comme la plupart des mes contemporains, il n'a guère fait acte social de manger. Il a saucissonné.

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Ce sentiment, aussi, sans doute, que quelqu'un lit par-dessus mon épaule…

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tache_encre_bleueDe plus, les raisons pour lesquelles tel passage, telle expression me touchent aujourd'hui et me paraissent dignes d'être fixées plus durablement, ne figurent pas explicitement dans le texte. Il s'agit, souvent, d'un rapprochement que j'établis ou qui s'impose. Ce qui signifie qu'un simple trait marginal serait supposé adjoindre au texte imprimé l'idée rapportée qui me rend celui-ci particulièrement significatif. Cela ne saurait se défendre.

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Il se peut que ce type de lecteur nourrisse quelque nostalgie du gribouillage propre à l'enfant qui biffe toute surface à sa portée - mode archaïque de découverte et d'appropriation de l'environnement, antérieur au dessin de composition et à l'accès au langage articulé.

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Martin-Dupont-Durand n'étant pas « l’auteur du siècle », il est peu probable que je confonde ses coups de crayon ou ses crottes de Bic.

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Autre motif d’énervement : l'ex-dono, cette odieuse appropriation de l'objet par qui offre un livre à un tiers et se hausse au rang de donateur en y apposant sa griffe (et, la plupart du temps, le motif du cadeau). Ici, l'intention s'exhibe, pavane, annexe le volume, se substitue à son auteur : c'est l'ostension du sympa, des bons sentiments en majesté, tartinés, sous-titrés pour malentendants, c'est le livre instrumentalisé, réduit à la fonction de dragée, de carte de visite ou d'anniversaire. Imagine-t-on quelque autre objet de consommation courante ou de luxe sur lequel il serait, de la sorte, loisible d'apposer l'inutile bavardage qui paraphrase le don ?

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Je les hais !

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03 mars 2007

Relire Saint Augustin

OstiaEtant revenu bien grippé de la Ville éternelle, je n'ai rien suivi du programme d'études que je m'étais établi pour cette deuxième semaine de vacances. Je me suis replongé, en revanche, et sous ma couette, dans quelques bonnes pages de Saint-Augustin, déjà parcourues en Italie, au milieu des ruines d'Ostia Antiqua...

Fraternellement,

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- Confessions, III, 4

C’est parmi de tels camarades qu’à cet âge encore sans vigueur, j’étudiais les traités d’éloquence, art où je désirais briller dans l’intention damnable et futile de goûter les joies de la vanité humaine. L’ordre accoutumé des études m’avait conduit au livre d’un certain Cicéron, dont presque tous les lettrés admirent la langue plus que le cœur. Or ce livre renferme une exhortation à la philosophie ; il a pour titre Hortensius.

Cette lecture changea mes sentiments ; elle tourna vers vous, Seigneur, mes prières ; mes vœux et mes désirs en devinrent tout autres. Toutes mes vaines espérances, soudain, perdirent pour moi leur prix, et je désirais l’immortelle sagesse avec une incroyable ardeur. Déjà je me relevais pour revenir à vous. J’étais dans ma dix-neuvième année et mon père était mort depuis plus de deux ans ; l’argent que je recevais de ma mère semblait ne payer que l’art d’aiguiser ma langue, mais ce n’était plus à aiguiser ma langue que je faisais servir ce livre ; et ce n’était plus le style qui m’y intéressait, mais ce qu’il exprimait.

Comme je brûlais, mon Dieu, comme je brûlais de prendre mon vol de choses terrestres jusqu’à vous ! Mais j’ignorais comment vous en useriez avec moi, « car c’est en vous qu’est la sagesse ». Or l’amour de la sagesse se nomme en grec philosophie, et c’est de cet amour que ce livre m’enflammait.

- Confessions, VII, 18

Je cherchais le moyen d’acquérir la force nécessaire pour jouir de vous, et je ne la trouvais point, jusqu’à ce que j’eusse embrassé « le Médiateur entre Dieu et l’homme, l’homme Jésus-Christ », « qui est, au dessus de toutes choses, Dieu béni dans tous les siècles », et qui nous appelle en disant : « Je suis la voie, la vérité et la Vie » qui mêle à la chair - puisque « le Verbe s’est fait chair » - l’aliment trop fort pour ma faiblesse, afin que votre sagesse, par laquelle vous avez fait toutes choses, devienne le lait de notre enfance.

Sans humilité, je ne possédais pas le Dieu d’humilité et je ne savais pas ce qu’enseigne sa faiblesse. Car votre Verbe, l’éternelle vérité, dominant les parties supérieures de votre création, élève jusqu’à lui ceux qui s’abaissent, et, dans les parties basses, il s’est bâti avec notre limon une humble demeure, pour humilier et détacher d’eux-mêmes ceux qu’il veut soumettre et attirer à lui, guérissant l’enflure de leur orgueil et nourrissant leur amour. Il a voulu que leur excessive confiance en eux-mêmes cessât de les égarer, et qu’ils s’humiliassent en voyant à leurs pieds la bassesse d’une Divinité qui a emprunté notre « tunique de chair » et que, las, prosternés devant Elle, Elle les relevât en se redressant elle-même.

- Confessions, X, 27-28

Tard je vous ai aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je vous ai aimée. C’est que vous étiez au-dedans de moi, et moi, j’étais en dehors de moi ! Et c’est là que je vous cherchais ; ma laideur se jetait sur tout ce que vous avez fait de beau. Vous étiez avec moi et je n’étais pas avec vous. Ce qui loin de vous me retenait, c’étaient ces choses que ne seraient pas, si elles n’étaient en vous. Vous m’avez appelé, vous avez ciré, et vous êtes venu à bout de ma surdité ; vous avez étincelé, et votre splendeur a mis en fuite ma cécité ; vous avez répandu votre parfum, je l’ai respiré et je soupire après vous ; je vous ai goûtée et j’ai faim et soif de vous ; vous m’avez touché, et je brûle du désir de votre paix.

Quand je vous serai attaché de tout mon être, il n’y aura nulle part pour moi de douleur et de fatigues ; ma vie, toute pleine de vous, sera alors la véritable vie.

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05 février 2007

Lu pour vous : Il est joli ce concept de "juste-parmi-les-nations", par Viviane de Montalembert

illustr_contactLu pour vous, sur le site Internet de la Maison-Dieu (lien sur la colonne de droite), un billet de Viviane de Montalembert, sur le titre de "Juste"...

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" Il est joli ce concept de "juste-parmi-les-nations", qui est le titre attribué par l’état d’Israël à ceux qui, particulièrement pendant la guerre de 40, ont sauvé des juifs de l’extermination. Dans la Bible, "juste" est un mot très précis : il désigne celui qui marche avec Dieu. Noé y est le premier "juste" identifié comme tel : il "marchait avec Dieu" (Gn 6,9) — un "compagnon d’Emmaüs", en somme. Car les "compagnons d’Emmaüs" ne sont pas seulement ceux qui ont marché avec l’abbé Pierre mais d’abord, dans l’Évangile, ceux qui ont fait un bout de chemin avec Jésus ressuscité (Lc 13,32).

Noé n’est pas à proprement parler un homme religieux car, à ce stade du texte, on ne parle pas de religion, ni de peuple d’Israël, ni de rite, ni de prière, mais seulement d’offrande. Au lendemain du déluge, Noé célèbre le retour à la vie normale en offrant à Dieu un sacrifice, et ce sacrifice plut à Dieu (Gn 8,21) ; de la même manière, quelques chapitres plus haut, le sacrifice d’Abel avait plu à Dieu alors que celui de son frère Caïn lui avait déplu (Gn 4, 4-5).

Ainsi, la Bible prend la liberté de dire ce qui plaît à Dieu et ce qui ne lui plait pas, elle en fait le constat. Un homme n’y est pas identifié à partir de son groupe, ni de sa religion, ni des valeurs dont il se réclame. Un homme est reconnu comme un "juste" à la façon dont il se tient devant Dieu — ou devant "la vie" ou "l’amour" ou "la vérité", qui sont les autres noms de Dieu pour ceux qui ne le nomment pas. Ainsi le discernement du "juste" est-il, dans la Bible, résolument profane ; il questionne tous les êtres humains quels qu’ils soient, croyants ou incroyants, qu’ils aient une religion ou qu’ils n’en aient pas.

À bien fréquenter la Bible, on apprend à refaire soi-même l’exercice, à discerner le "juste" dans toutes les situations présentes, toutes les scènes dont on se fait témoin. Mais pourquoi est-ce donc si important de discerner le juste ?  — Parce que c’est dans la chair du juste, lui ou elle, que Dieu se donne à voir et à entendre, dans tous les lieux et tous les temps de notre monde. Dans toute situation bloquée ou invivable, c’est le "juste" qui va dire la vérité sur cette situation et la manifester dans toute sa conduite. Les justes font bien plus que d’incarner "l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité" (*), à la suite du Christ ils incarnent Dieu dans leur temps. Ainsi l’abbé Pierre, mais pas seulement lui. Dans le privé comme dans la vie publique, aujourd’hui comme hier, le juste est celui qui va risquer sa sécurité ou sa réputation, ou les deux à la fois, pour que la vie reprenne ses droits, pour que la vérité soit dite et pour que le faible soit arraché au pouvoir d’un plus fort.

(…)

Certains (…) ont pu être étonnés de constater notre entrain à commenter un film ou un fait divers tout autant qu’un texte biblique. C’est que la lecture de la Bible est pour nous un "art appliqué". À quoi nous servirait en effet de lire la Bible si ce n’était pas pour éclairer les situations que nous vivons, nos relations, les questions spécifiques qui se posent à notre temps ? Tous nos articles s’y exercent avec la même application. Nous invitons donc nos lecteurs en ce début d’année à se passionner pour tout, sans penser qu’il y ait des circonstances plus "religieuses" ou plus "spirituelles" que d'autres. Partout où la chair est engagée, Dieu a son mot à dire et nous aussi avec lui. "

Viviane de Montalembert

* Extrait du texte gravé sur la plaque placée dans la crypte du Panthéon et inaugurée le 18 janvier dernier par Jacques Chirac et Simone Weil, en hommage aux Justes de France :  "… Bravant les risque encourus, ils ont incarné l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité".

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Fraternellement,

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01 février 2007

Depuis qu'Il a croisé nos chemins...

Depuis que le Fils de Dieu a croisé nos chemins, qu'il a enduré nos peines, épousé nos joies, qu'il est monté sur une Croix, le monde n'est plus le même. Jésus a pénétré pour toujours l'épaisseur de nos jours de l'amour infini du Père. Chaque rencontre relatée par les Evangiles anticipe et éclaire notre propre existence. Elle en donne l'intelligence, l'inspiration et le désir, afin que chaque chrétien devienne un évangile vivant pour ses frères et puisse attester : " Dieu existe, je l'ai rencontré ! ".

Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, vient de publier un très bel ouvrage intitulé « Les rencontres de Jésus », dans lequel il offre de refaire à notre tour chacune de ces rencontres avec Jésus, lui demandant avec foi d'habiter nos propres existences. Chaque rencontre est illustrée par de splendides et profonds tableaux de maîtres (Raphaël, Fra Angelico, Georges de la Tour, Le Caravage, Rembrandt, Tissot…).

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Fraternellement,

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« Les rencontres de Jésus », Dominique Rey, Editions de l’Emmanuel, 128 p., 23 €.

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