Le blog' de Gautier

Soyez les bienvenus sur le blog de Gautier Mornas, "le journal d'une âme" d'un jeune prêtre catholique presque comme les autres !

15 novembre 2009

Le meilleur de René Maltête

Découvrez l'un des meilleurs photographes du siècle passé : René Maltête...

7_peches_capitaux boucher fugue pape

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Fraternellement,

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06 juillet 2009

Ca fait quoi ?

Chers amis,

Le journal La Croix m’a demandé un article pour son édition du 26 juin, à l’occasion du dimanche des ordinations sacerdotales. Voici ces quelques lignes, censées relater les sentiments qui traversent un séminariste à la veille de son ordination…

Priest" Prêtre ! Dans quelques jours, dans quelques heures. Pour toujours, pour l’éternité ! Que dire devant un si grand mystère ? Que peut dire celui qui demain présidera l’Eucharistie, célébrera la réconciliation, imposera les mains aux malades ?

Assurément qu’il est dans la joie. La joie de celui qui est appelé à s’offrir et à se donner : à son Seigneur, à son Eglise, aux communautés qu’il connaît et à celles qu’il ne connaît pas encore, à ceux aussi qui ne sont pas de ces communautés. La joie de celui qui demain sera envoyé en mission, pas nécessairement au-delà des mers, vibrant de l’exotisme des contrées lointaines et vierges de l’annonce de la Bonne Nouvelle, mais envoyé en mission tout de même, dans l’ordinaire tout autant aventureux de la ville ou de la campagne, dans l’anonymat des immeubles et la détresse de l’hôpital, poussé par le seul et unique désir de dire à chaque homme ici-bas combien il est aimé, combien il est fils de Dieu, créé à son image, appelé à sa ressemblance. De toute éternité.

La joie certes, mais une joie teintée de gravité : mesurée, contenue, une joie qui ne verse pas dans l’exubérance ; plutôt une joie intérieure, empreinte d’une certaine solennité. Parce qu’il est seul celui qui, demain, dans la foi et dans la confiance qu’elle donne, engagera son existence. Pour autant soutenu qu’il soit, par sa famille, ses amis, sa paroisse, ses confrères de formation et le presbyterium qu’il rejoindra bientôt, il est seul à prononcer son « oui ». Un « oui » qui fera basculer une vie dans l’inédit. Car je crois profondément que la grâce fondamentale qu’offre notre époque est qu’il y a mille manières d’être prêtre, qu’il n’y a pas de recettes assurées, de chemins droits et balisés, de routes idéales à suivre : devenir prêtre, chaque jour un peu plus et chaque jour un peu mieux, c’est se condamner au discernement, c’est se laisser conduire par l’Esprit Saint et se laisser faire par les hommes. Avec l’assurance chevillée au cœur et au corps que le Seigneur nous précède toujours, que craindre ?

« Elle est vivante la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant » (He 4, 12). Annoncer la Parole qui donne vie : quelle tâche plus exaltante pour combler une vie ? Quelle tâche plus urgente aussi ? Mais cette tâche de l’annonce zélée, pour aussi motivée par la fougue évangélique qu’elle soit, n’en doit pas moins s’appuyer, toute la vie durant, sur la confiance et sur l’humilité : confiance en un Dieu fidèle qui ne manque jamais à ceux qui demeurent près de lui, et humilité quand nous ne sommes que des serviteurs inutiles d’une mission qui nous dépasse infiniment.

En ce sens, mes cinq années de formation au séminaire ne m’ont pas été de trop pour me familiariser avec l’Ecriture, pour m’en imprégner, pour en goûter l’épaisseur et la finesse, mais aussi pour affronter mes propres limites quand il s’est agi de transmettre cette Parole de Dieu auprès de ceux à qui j’étais envoyé. Mais c’est justement dans la Parole que sot offerts les moyens de dépasser ses légitimes appréhensions et ses inquiétudes sur ses capacités personnelles… « Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » nous assure le Seigneur (Mt 28, 20). "

Gautier MORNAS +

La_Croix

24 mars 2009

Et préserve-nous du mal

Le monde s’est inventé un nouveau grand Satan tout blanc...

Francois_Miclopar François MICLO, philosophe et éditeur.

Pas de doute. Cet homme-là, c’est Satan ou l’Antéchrist. S’il ouvre la bouche, ce ne sont pas des mots qui sortent de ses lèvres, mais l’odieux son des trompettes du Jugement. Il répand plus de plaies que l’Egypte ne pourra jamais en compter, a un petit faible pour les négationnistes et les violeurs de fillettes (surtout quand ils sont brésiliens) et, comble de l’horreur, prescrit au monde entier de choper le sida en baisant sans capote.

Une chose est sûre : avec le départ de George Bush de la Maison Blanche, la planète médiatique avait perdu son grand méchant loup. Elle vient de s’en fabriquer un à sa mesure : Benoît XVI est désormais l’ennemi mondial numéro un. Qu’il dise un mot ou reste coi, il est devenu le salaud de prédilection de notre temps. Et c’est bien parti pour que cet état ne prenne fin qu’avec son pontificat.

Avouons que, pour le rôle du grand méchant loup, c’est un bon client. Il est allemand, c’est-à-dire très bon pour les machines-outils, cancre pour les relations publiques ; il est catholique, chose détestable dans un monde où existent des religions un peu plus conformes à l’idée de coolitude (droit-de-l’hommisme, écologie, obamisme, etc.) ; il essaie de faire des phrases et de conduire des raisonnements, en un temps où l’auditeur lambda décroche dès le premier mot prononcé.

L’affaire de la capote africaine – sale coup porté aux Anglais – illustre parfaitement ce déphasage entre le Souverain Pontife et la sphère médiatique. L’ensemble de notre presse et de notre personnel politique pousse depuis mercredi des cris d’orfraie et condamne unanimement celui qui prétend que “l’utilisation du préservatif aggrave le problème du sida”. Ce matin, Pierre Bergé invitait sans rire les catholiques à “changer de religion” – sans toutefois leur promettre un abonnement gratuit à Têtu, la philanthropie a ses limites. A midi, sur France Inter, Stéphane Bern, tout en nuances, qualifiait les propos papaux de “génocidaires”. A ce rythme, Josef Ratzinger devrait être déféré ce soir devant le TPI et exécuté demain à l’aube. Il n’est pas même jusqu’à Alain Juppé qui n’ait brandi son pavois de haute moralité parmi tous les boucliers levés, pour dénoncer la fâcheuse manie de ce pape à vouloir rester droit dans ses bottes. Encore un effort participatif, Citoyens, et il se trouvera bien quelqu’un pour accuser Benoît XVI d’être un nouveau Guillaume Dustan et de prôner le barebacking dans les caves du Vatican où demeure encore vivace le souvenir de Rodrigue Borgia, un temps taulier sous le nom d’Alexandre VI.

On a même vu s’exprimer – la chose ne s’était guère produite depuis Jules Ferry et son discours sur l’homme blanc – un racisme bienpensant : les Africains sont des êtres tellement serfs et dénués de raison que, le saviez-vous, ils suivent à la lettre tout ce que dit le pape. Et Daniel Cohn-Bendit, parmi cent autres bonnes âmes, d’accuser Ratzinger de “meurtre prémédité”. Décryptage : le pape dit qu’il ne faut pas mettre de capote ; donc Banania, il nique sans, chope le sida et finit par crever dans sa case. Les nègres, faut leur parler comme à des enfants. C’est plus du tiers-mondisme, c’est Tintin au Congo réinventé.

Au fait, outrecuidante question, qu’a-t-il dit mardi dernier, le pape, dans l’avion qui le menait à Yaoundé ? Il répondait à la question d’un journaliste sur la position des catholiques face au sida. Benoît XVI a expliqué dans un premier temps que l’Eglise est présente au jour le jour aux côtés des malades : plus de 25 % des séropositifs dans le monde sont pris en charge par des institutions catholiques (hôpitaux, dispensaires, communautés). Puis il a enchaîné sur la phrase qui prétendument tue : “Je dirais qu’on ne peut pas résoudre le problème du sida avec l’argent, même s’il est nécessaire. On ne peut pas résoudre le problème du sida avec la distribution de préservatifs ; au contraire elle aggrave le problème. La solution est double : d’abord, une humanisation de la sexualité, un renouveau spirituel, humain, intérieur, qui permet ainsi de se comporter différemment avec les autres. Et deuxièmement, une amitié, une disponibilité pour les personnes qui souffrent.” Dans la version publiée sur le site du Vatican, les propos ont un brin changé : “l’argent” est remplacé par “des slogans publicitaires” et “elle aggrave le problème” par “le risque est d’augmenter le problème”.

Nulle part, le pape ne dit qu’il ne faut pas utiliser de capotes. Nulle part, il n’en condamne l’usage. Il dit simplement qu’on ne peut pas se contenter de cette solution et qu’en distribuant à l’Afrique des préservatifs on se donne certainement bonne conscience, mais on ne règle rien du tout. Et quand on ne règle pas un problème, on l’aggrave… Le continent africain, ce n’est pas le Marais. Il ne suffit pas de négocier un prix de gros à la société Durex pour faire de la distribution gratuite, de demander à Line Renaud de tourner un spot télé ni d’arborer une fois l’an un petit ruban rouge à sa boutonnière. Si d’ailleurs la question du préservatif pouvait tout régler, il serait criminel que la communauté internationale ne se mobilise pas pour envoyer au quasi milliard d’Africains de quoi se protéger… L’enjeu est bien d’une toute autre nature.

Le premier problème, c’est l’ampleur du désastre : en 2007, 22 millions de personnes étaient infectées sur le continent africain selon Onusida. C’est la première cause de mortalité et la maladie y est, plus que partout ailleurs, un facteur de mort sociale. Lutter contre l’exclusion et la stigmatisation des malades (en leur offrant “une amitié, une disponibilité”) n’est pas une pontificale lubie : il s’agit de changer les mentalités, de faire admettre que le sida n’est pas la maladie de l’autre, mais un véritable risque qui pèse sur tous. On n’a jamais vu dans l’histoire aucune épidémie reculer grâce à la stigmatisation et à l’exclusion. En ce sens, l’appel que lance le pape à la fraternité envers les malades n’est pas une billevesée ni une niaiserie de catéchisme : c’est une étape prophylactique essentielle.

L’autre grande question, c’est la prévention et l’information des populations. Au Nigeria, au Congo, au Cameroun, les équipes locales ne se contentent pas de distribuer des capotes, elles en expliquent l’usage (qui n’est pas multiple), tentent de lutter contre les préjugés (elle ne rend pas stérile), encouragent le dépistage et promeuvent aussi abstinence et fidélité… N’en déplaise aux bonnes âmes pour lesquelles le noir est doté d’un appétit sexuel à la mesure de son appareil génital, les valeurs morales trouvent un écho souvent favorable chez les chrétiens comme chez les musulmans du continent africain. Pourquoi s’en passerait-on ? On sait en Europe que les prophylaxies efficaces sont celles qui savent s’adapter à chacun des publics qu’elles visent. Or, en Afrique, le mot d’ordre devrait être : fous ta capote et tais-toi ? La prévention n’est pas une chose simple : elle implique de former des équipes locales, d’ouvrir des centres de dépistage, mais surtout de prendre en compte la réalité de l’Afrique contemporaine, bref de ne pas se dédouaner en utilisant le mot “préservatif” comme grigri, mais de mener des actions de fond.

Le troisième problème – et de loin, le plus important –, c’est l’accès aux soins. Autant le dire tout de suite : si vous êtes africain et contractez la maladie, votre chance d’être soigné est proche de zéro. Les antirétroviraux sont excessivement chers et, contrairement à l’Inde, l’Afrique ne dispose d’aucun laboratoire pharmaceutique capable de les produire sous leur forme générique. Elle les importe donc, quand on le lui permet.

Hier justement, les douanes néerlandaises ont saisi à l’aéroport Schiphol d’Amsterdam une cargaison entière d’antirétroviraux à destination du Nigéria, au prétexte que le laboratoire indien les produisant porterait atteinte aux intérêts des laboratoires pharmaceutiques propriétaires du brevet… Business is business. Mais qui s’en soucie, qui va pousser de grands cris, qui va jouer de petits couplets indignés ? Qui va accuser nos amis bataves de se comporter comme des meurtriers en puissance ? Qui va dire fuck une bonne fois pour toutes à ces gens qui préfèrent défendre le droit des brevets que la vie humaine ? Circulez, y a rien à voir. C’est plus vendeur, coco, d’accabler le grand Satan du Vatican que de rentrer dans les détails. D’ailleurs, mardi, à peine était-il descendu de son avion que Benoît XVI a prononcé un discours à Yaoundé : il réclamait la gratuité des soins pour les personnes atteintes du sida, c’est-à-dire l’accès des malades aux antirétroviraux. Ça n’a pas fait une ligne dans les journaux. Pourtant, ça n’aurait arraché la gueule d’aucun de mes honorables confrères si prompts à l’indignation de relayer cette info : un pape qui fait sien l’un des plus anciens combats d’Act up (”Des molécules pour qu’on s’encule”), ça n’est pas tous les jours que ça arrive… Le pape est punk : c’est pas un beau titre, ça ?

Ah non, j’oubliais. La question, on vous l’a dit et répété, c’est la capote ! C’est qu’elle n’est plus, dans nos sociétés occidentales, un simple moyen de prophylaxie. Elle est une religion : les barebackers qui refusent le préservatif dans leurs rapports sexuels sont appelés relaps en français. Ce mot est directement tiré du vocabulaire religieux de la pire espèce, celui de l’Inquisition : est relaps qui est retombé dans l’hérésie après l’avoir abjurée. On ne fait pas grief au relaps de sa sexualité effrénée, on lui reproche simplement d’avoir déserté la clientèle de Durex ou Mannix. Puisque la seule question qui vaille est la capote, le jour viendra où, dans des affaires de viol en réunion, le port du préservatif jouera comme une circonstance atténuante. Pourrait-on s’interroger, ne serait-ce qu’un moment, sur cette société où la règle consiste à tout consommer, même les corps ?

Bien entendu que non. Chacun est invité à adopter la pornonomie comme seule moralité. Et le temps viendra où un pape agira, depuis le balcon de Saint-Pierre, comme le premier prof de sciences nat’ venu. Il sortira un vague godemiché et déroulera un bout de plastique tout le long du fac-similé turgescent. Il aura, faute d’habitude, l’air un peu emprunté. Mais il s’y fera. Et il conviera peut-être, dans un lumineux élan, le monde entier à un orgasme multiple, participatif et protégé. Le monde entier, sauf l’Afrique, car elle aura crevé, elle, après avoir eu le droit de tout consommer, sexe et capotes, indignations et beaux discours. Elle aura eu le droit de tout consommer, sauf les trithérapies. Désolé, homme noir, toi pas avoir assez argent.

Sources : Causeur_logo

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08 février 2008

La recherche du bonheur

"Quand je crie, réponds-moi,

Dieu, ma justice !

Toi qui me libères dans la détresse,

pitié pour moi, écoute ma prière !

Fils des hommes,

jusqu'où irez-vous dans l'insulte à ma gloire,

l'amour du néant et la course au mensonge ?

Sachez que le Seigneur a mis à part son fidèle,

le Seigneur entend quand je crie vers lui.

Mais vous, tremblez, ne péchez pas ;

réfléchissez dans le secret, faites silence.

Offrez les offrandes justes

et faites confiance au Seigneur.

Beaucoup demandent :

« Qui nous fera voir le bonheur ? »

Sur nous, Seigneur, que s'illumine ton visage !

Tu mets dans mon cœur plus de joie

que toutes leurs vendanges et leurs moissons.

Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors,

car tu me donnes d'habiter, Seigneur,

seul, dans la confiance."

Psaume 4

Qui_nous_fera_voir_le_bonheur« Qui nous fera voir le bonheur ? » (Ps. 4.7). Cette question fut posée, il y a bien longtemps, par un roi célèbre, le roi David, dans une poésie du livre des Psaumes, Livre qui fait partie de la Bible. Nous le voyons, la recherche du bonheur n'est donc pas chose nouvelle. Préoccupation séculaire, cette grande interrogation du cœur humain n'a cessé de se renouveler de génération en génération, pour être, encore aujourd'hui, très actuelle.

Mais, dirons-nous, cette quête universelle du bonheur n'est-elle pas légitime ? N'est-il pas vrai qu'au fond de lui même, l'homme garde le sentiment qu'il n'est pas venu au monde pour être malheureux ? Il est certain que consciemment ou inconsciemment, la nostalgie du paradis perdu, ce lieu où tout devait être merveilleux et parfait, continue à hanter notre mémoire. A l'évidence, l'être humain a besoin de connaître le bonheur, au moins un certain bonheur, pour avoir le sentiment de vivre, de vivre vraiment.

Qui nous fera voir le bonheur ? N'y a-t-il pas, finalement, quelque chose de pathétique dans cette interrogation ? Elle rappelle l'universelle inquiétude des hommes, leur angoisse existentielle. N'y aurait-il personne qui puisse nous enseigner le chemin du bonheur, nous conduire à sa source ? Si David pose la question, c'est qu'il se fait l'interprète de sa génération atteinte, elle aussi, du mal de vivre ; comme toutes les générations l'ont été et le sont encore, à des degrés plus ou moins forts, suivant les temps et les circonstances.

David nous donne la réponse dans la suite de son poème, de ce Psaume 4 où nous lisons à partir du verset 7 : « Fais lever sur nous la lumière de ta face, ô Eternel ! Tu mets dans mon cœur plus de joie qu'ils n'en ont quand abondent leur froment et leur moût. Je me couche et je m'endors en paix, car Toi seul, ô Eternel, tu me donnes la sécurité dans ma demeure. » Voilà qui est simple et clair : pour la Bible, le bonheur ne se trouve pas dans ce que l'on a, ou dans ce que l'ont fait, mais dans la relation que nous avons avec Dieu, le Dieu éternel et créateur ; celui qui nous a donné la vie et qui seul sait ce qui convient à notre vie pour que nous soyons heureux.

Dans la Bible le mot « heureux » est utilisé près d'une centaine de fois. Son message, loin d'être triste et ennuyeux, est porteur d'une espérance et d'une vie qui apportent à tout homme qui l'accepte, un bonheur serein et durable. Celui-ci ne dépend pas des circonstances, bonnes ou mauvaises, de la vie, mais d'un état intérieur. La source du bonheur se trouve en Dieu. Lui seul peut rendre l'homme heureux, au moyen de la paix et de la satisfaction qu'Il met dans son cœur lorsqu'il se confie en Lui.

C'est aussi ce qu'un autre roi, Salomon, le fils de David, a reconnu dans son livre, l'Ecclésiaste, qui fait aussi parti des écrits qui forment l'ensemble de la Bible. Après avoir recherché son bonheur au travers des plaisirs et des jouissances que la vie pouvait lui offrir - et, en tant que roi, il avoue ne s'être privé de rien sous le soleil - il en vint à connaître le désespoir, tant sa désillusion était grande. C'est alors qu'il fit la découverte qui changea son existence ; il l'a résumée en ces simples mots, en disant au chapitre 8 et au verset 12 : « le bonheur est pour ceux qui craignent Dieu » ; c'est à dire pour ceux qui ont à son égard, respect et obéissance !

Il est vrai que ces deux mots, respect et obéissance, ne sont guère de mise aujourd'hui. Pourtant la Bible nous fait comprendre que nous ne pouvons pas vivre notre vie sans tenir compte des buts que Dieu lui a fixés. L'obéissance aux lois morales et spirituelles qu'Il nous a fait connaître, loin d'être un handicap au bonheur de l'homme est, au contraire, la condition pour le réaliser pleinement. Ne pas en tenir compte nous coupe de la source de la vraie vie et du bonheur.

Combien de personnes cherchent le bonheur et ne le trouvent jamais, parce qu'elles le cherchent dans les biens matériels, dans les choses éphémères de ce monde, au lieu de le chercher auprès de celui qui en est l'auteur et la source : Dieu lui-même ! Si les hommes connaissent tant de mal être sur terre, particulièrement dans les pays où il y a surabondance de biens, n'est-ce pas parce qu'ils ont oublié quelle heureuse satisfaction peut leur procurer une communion personnelle avec leur Créateur ? Notre civilisation moderne a cru pouvoir se passer de Dieu et de toutes les valeurs morales et spirituelles que sa Parole, la Bible, nous apporte. Cela l'a plongé dans une voie de misère et de mort.

Joconde_puzzleGeorges Steiner, dans son livre « La culture contre l'homme », montre comment l'homme moderne est devenu inconscient et aveugle. Orgueilleux de sa culture occidentale, il ne se rend pas compte de sa folie et de son caractère suicidaire. Pour cet auteur contemporain, le glas a sonné pour l'Occident. « Notre culture, écrit-il, est une culture morte. Poussée toujours plus vers l'érudition, rendue capable, grâce aux ordinateurs, de tout connaître et de tout emmagasiner, notre culture est devenue morte à la véritable vie des hommes ; elle est morte à leurs besoins les plus immédiats ; elle est morte, puisqu'elle est incapable de les aider à résoudre leurs problèmes. » Au milieu de ce pessimisme bien compréhensible, Steiner laisse toutefois échapper une lueur d'espoir : « Je m'attends, dit-il, que nous poussions la dernière porte du château, pour découvrir qu'elle s'ouvre sur des réalités hors de la compréhension et de l'autorité humaines... » !

Le journaliste Marc Paillet, faisant l'analyse du livre de Steiner pour l'hebdomadaire l'Express, écrivait ceci : « Pourquoi notre civilisation occidentale, qui a édicté son ordre avec orgueil à la planète, est-elle ainsi habitée par la mort, comme elle l'est par le mensonge, la désespérance, l'inhumain... ? Même contre toute raison, l'homme le moins mystique conserve cette idée têtue qu'un certain destin privilégié de l'humanité fera que la porte s'ouvrira, au bout du compte, sur un recommencement ».

« Réalités hors de la compréhension et de l'autorité humaines » dit Steiner ; « Destin privilégié de l'humanité pour un recommencement » écrit Paillet. Pourquoi ne pas dire plus ouvertement ce qu'au fond de son cœur, tout homme ayant encore un brin de bon sens s'avoue secrètement, même s'il en est inconscient ? Pourquoi ne pas nommer Dieu ? Car en tout état de cause, Dieu reste notre seule espérance ! Quel est l'homme qui, sentant sa fin prochaine, ne ressent pas cet ultime sursaut dans sa conscience, qui cherche encore à le ramener à la réalité, et même à la vérité ! A la vérité de ce Dieu créateur de toutes choses, sans lequel rien ne saurait subsister et qui nous dit dans l'Evangile selon Matthieu, au chapitre 11 et au verset 28 : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos pour vos âmes...Car mon joug est doux et mon fardeau léger ».

Georges Steiner et Marc Paillet, comme tant d'autres, ne semblent pas savoir que la porte a déjà été ouverte, il y a 2000 ans, et que ce recommencement qu'ils espèrent et qu'ils souhaitent est possible. Qu'il est même le seul recommencement qui puisse rendre les hommes vraiment heureux. Ces gens, dont la culture ne saurait être contestée, n'ont-ils jamais lu la Bible ? Ils semblent ignorer que le Christ, le fils de Dieu, est venu dans le monde pour opérer ce changement dans nos vies ? Jésus est lui-même la porte du salut; celle qui nous permet de revenir vers Dieu pour retrouver la vie, la vraie vie qui puisse nous apporter bonheur et satisfaction.

Jésus affirme être cette porte. La porte du salut, déjà ouverte pour tous ceux qui croient en Lui. C'est dans le 10ème chapitre de l'Evangile selon Jean, que nous lisons ses paroles : « Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire ; moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu'elles soient dans l'abondance. Je suis le bon berger... Mais vous ne croyez pas, parce que vous n'êtes pas de mes brebis. Mes brebis entendent ma voix ; je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle et elles ne périront jamais ; et personne ne les ravira de ma main ».

Ne voulons-nous pas, nous aussi, écouter la voix du bon berger, Jésus-Christ, et prendre la résolution de venir à lui pour être sauvé ? Cette abondance de vie qui nous est offerte par Dieu en Lui ne nous décevra jamais. Nous avions sans doute une certaine idée de ce qu'est le bonheur. Mais nous découvrons que, finalement, cette idée n'était pas conforme à celle que Dieu nous révèle dans sa Parole.

Notre vie, pour être heureuse, se doit d'être vécue différemment. Elle ne peut l'être que parce que nous recevons la vie du Christ lui-même, par son Esprit qu'il veut faire habiter dans notre cœur. Ne voulons-nous pas le recevoir ? Jésus-Christ nous invite à nous repentir de notre incrédulité et de nos péchés et à le recevoir comme le sauveur de notre vie. Allons-nous le repousser ?

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10 décembre 2007

The death of french culture, par Maurice Druon

Un ami m’a invité à lire sur le site du Figaro un article énervé de Maurice Druon. Le vieux Maître n’a rien perdu de son ardeur !

DRUON_1« Et voilà ! Ça recommence. Tous les quatre ou cinq ans, les États-Unis sont pris d’une fièvre antifrançaise que l’un de leurs grands médias se charge de communiquer à l’univers. Assez de temps s’est écoulé depuis la crise précédente pour qu’on ait pu l’oublier. L’attaque paraît alors toute neuve. Si j’étais adolescent, je serais désespéré.

Cette fois, c’est Time qui mène l’opération, ayant jugé l’affaire d’assez d’importance pour lui consacrer sa page de couverture. The Death of French Culture. C’est la mort d’une star mondiale. Alors sortons vite nos vêtements de funérailles. Cela ne fait que la quatrième ou cinquième occasion que l’on m’aura invité à m’en affubler.

L’attaque est perfide, car elle prend le ton de la déploration. Pauvre France, qui se saigne aux quatre veines pour ses artistes. Elle aura publié cette saison sept cent vingt-sept romans. Elle aura entretenu à prix d’or ses théâtres lyriques, ses musiciens, ses danseurs. Elle aura subventionné ses théâtres, maintenu dans le monde le plus grand nombre d’établissements culturels. Et tout cela pour rien. La moitié des billets de cinéma l’auront été pour voir des films américains.

J’abrège, mais je reste dans le propos. Tout cela semble sans queue ni tête, et n’en a aucune, effectivement, parce que l’auteur a l’esprit complètement faux et confond, comme la plupart de son public, culture et divertissement. Il met dans la même rubrique Proust, Monet, Piaf et Truffaut, et voit la France décédée parce que nous n’avons pas, dans l’instant, des célébrités de cette taille.

Facile de lui répondre, en s’en tenant à son barème, que nous avons Johnny Hallyday, qu’il cite lui-même.

La culture n’est pas déterminée par le box-office de la semaine. La culture s’exerce sur la durée. Il n’y a pas dix ans que Buffet est mort, et ses tableaux sont dans tous les musées de la planète. Sartre et Malraux sont encore nos contemporains. Et que tous les créateurs du monde soient accueillis par la France n’est pas un fléchissement, mais la preuve que cette terre est, depuis des siècles et, espérons-le, pour des siècles encore, celle de la culture.

Est-il jamais venu à M. Donald Morrison, auteur de ce factum, l’idée de se promener dans le vestibule du Collège de France ou de nos universités pour y recueillir les « idées » qui y circulent et influenceront les arts de demain ?

Inculte Amérique ! allais-je m’écrier. Mais non. Les États-Unis comptent maints chercheurs, érudits, penseurs, créateurs qui sont du plus haut niveau. Seulement, ils n’écrivent pas dans Time. »

le_figaro

Fraternellement,

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29 novembre 2006

Les jeunes fauves

BLe P. Bernard Fixes est prêtre du diocèse de Rodez. Membre de l’équipe animatrice du Séminaire S. Joseph de Bordeaux, il y enseigne l’Histoire avec un brio incomparable. J’ai eu le profond bonheur de partager la vie communautaire avec lui durant mes deux premières années de formation. En juin dernier, pour le bulletin du Séminaire, il signait cet éditorial que je vous livre en guise de « partition personnelle », avec l’accord de son auteur, naturellement. On y retrouve toute l’ardeur qui le caractérise.

Fraternellement,

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"Les jeunes fauves "

Un titre. Un livre.

Une vie qui bascule.

L’entrée au séminaire.

Un itinéraire parmi bien d’autres.

Unique. Comme l’appel.

La mission.

Hier. Aujourd’hui.

Urgente. Passionnante. Brûlante.

On n’entre pas au séminaire pour y rester.

Faire demain carrière.

Couler une existence tranquille.

Cela ne fut jamais.

Cela n’est toujours pas d’actualité.

Pourquoi alors ?

Pour dire le sens - celui de la vie, celui de la mort.

Dieu. Un Dieu proche des hommes.

Un Dieu qui libère.

Un Dieu qui aime.

Un Dieu qui prend tous les risques.

Un Dieu vulnérable. Infiniment.

Mort. Descendu aux enfers.

Ressuscité. Vivant.

Qui envoie.

Aux limites. Aux marges. Aux frontières.

A ceux qui ne savent pas.

A ceux qui croient savoir.

Un Dieu qui sauve.

Du non-sens.

De l’absurde.

De la mort.

On entre au séminaire

Pour dire la vie.

Vivre l’amour.

Oser l’espérance.

Se donner…

A Dieu.

Aux hommes.

A tous les hommes.

Aux « chrétiens du dimanche ».

Aux « jeunes fauves ».

P. Bernard Fixes.

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24 octobre 2006

Partition personnelle par Emmanuel Rabatel

Emmanuel2C’est à Emmanuel que j’ai confié le soin de rédiger cette 3ème « partition personnelle » que je vous offre à découvrir sur mon blog. Originaire de Limoges, Emmanuel est actuellement étudiant en Histoire à Bordeaux, où il prépare activement son CAPES. Je le remercie de tout cœur…

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"Un grand merci à toi Gautier pour la confiance que tu me fais. Je vais donc vous livrer quelques bribes de mon expérience estivale en tant qu’hospitalier des pèlerins de Compostelle à Moissac (82).

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cloitre_Moissac

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Tout cela s’est fait, à vrai dire, un peu par hasard. Je cherchais un endroit où me poser un peu avant de soutenir mon mémoire de maîtrise et il se trouve que Moissac n’est pas loin de Bordeaux. Il se trouve aussi que je connaissais bien cette petite communauté de religieuses très sympathiques. C’est donc assez naturellement que j’ai pris la route (en train pour moi !) des raisins.

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On m’a assez vite fait comprendre qu’un petit coup de main à l’hôtellerie ne serait pas de trop parce que, tout de même, « la vie de religieuse, c’est pas de tout repos ! ». Enfin voilà, j’étais là, mon balai, ma serpillère, et en avant !

Bon je vous l’avoue, puisqu’il paraît qu’on est entre nous, je fausse un peu le tableau…j’étais tout de même consentant à ce gentil servage. Les moments que m’ont permis de vivre les sœurs étaient tous d’une très grande humanité. Je passerai sur les moments de nettoyage (qui pourraient cependant être longuement développés), et je livrerai seulement deux ou trois observations sur cette courte expérience d’hôtelier.

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On voit de tout : des paumés, des bien-comme-il-faut, des lents et des rapides, des fils de riches, des bobos, ceux qui fuient la réalité et qui ne s’arrêtent plus de marcher…

Mais tous ceux que j’ai eu la chance de croiser le temps de quelques heures de repos m’ont confié combien le chemin est une aventure spirituelle. Oh, bien sûr je m’en doutais. On m’avait prévenu : « On va vous montrer un joli reportage avec plein de gens sur la route, ça s’appelle Compostelle » me disait l’animatrice d’aumônerie !

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Si le chemin est une marche spirituelle c’est - je le crois profondément - parce qu’elle est fondamentalement humaine. On y sent le poids des vivres, la douleur des pieds, on expérimente la soif, la fatigue et l’attente. On redécouvre combien il est mauvais de malmener son corps et on choisit alors de vivre avec. Se mettre à son écoute en somme.

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p_lerinC’est alors que les pèlerins disent qu’une fois l’adaptation très pratique à la marche, au rythme, on s’abandonne et on découvre que la dimension de l’homme ne peut être vivante que si elle est transcendée. On ne peut désormais plus vivre pour soi, avec soi. C’est une conviction chez ceux que j’ai croisés que l’homme n’est pas seul. Des frères marchent avec lui sur ce même chemin de vie. Et au-delà de nous, tout au-delà de nous, bien au-delà de nous, mais tout près de nous…

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A ce titre, la prière des sœurs apparaît toujours aux hôtes de passage d’un incroyable réconfort. Tout y semble donné, une éternelle action de grâce où il n’est jamais d’autre pensée que de dire merci ! C’est certainement le mot le plus simple et le plus beau qu’il faudrait retenir de ces quelques lignes."

« Je dormais et je rêvais que la vie était joie ;

Je m’éveillai et je vis que la vie était service ;

Je servis et je vis que servir donnait la joie. »

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Robindranath Tagore

Emmanuel.

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14 septembre 2006

Partition personnelle par Julien Paquier

Julien_4En cette rentrée, renouons, si vous le voulez bien, avec les rubriques régulières de ce blog. Après soeur Aurélie qui, à la fin juillet, nous offrait une partition personnelle sur le lien entre le voeu de chasteté et l'amour, je remercie Julien (photo), un grand ami bordelais, qui a accepté d'ouvrir le feu de cette année.

Bien fraternellement,

signature_gm

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"1186-1223.

45 années de présence corporelle sur Terre, pour une vie

commencée loin de Dieu,

achevée au plus près de lui,

             au milieu des oiseaux et des roseaux,

vouée au dénuement, marquée

par les stigmates,

illuminée dans le Cantique du soleil,

jadis sanctifiée, imitée

aujourd’hui encore.

1951- déjà

55 années de présence corporelle

et un livre

commis* jadis,

et cette phrase page cent vingt et un

« Loué sois-tu notre sœur la mort – celui qui murmure cette phrase

             est venu à bout du long travail de vivre, de cette séparation

             partout mise entre la vie et notre vie. »

1223-1992

quelques siècles de vie humaine

font de ce texte l’ écho lointain

d’un événement plus-que-passé

combien de vies possibles

dans une vie ?

Christ a douté

de son propre règne

et François en exemple de son côté

s’est rangé.

Réconcilié

avec lui-même

il n’y avait plus rien

qui le séparât encore de Lui."

* Christian Bobin, Le Très-Bas,

Folio Gallimard, 1992

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24 juillet 2006

Partition personnelle par Soeur Aurélie

Image25Nouveauté de l’été : une «partition personnelle», c'est-à-dire une tribune libre ouverte à un(e) ami(e). Et c’est avec une profonde joie que j’ai invité Sœur Aurélie, religieuse de l’Assomption à Bordeaux, à inaugurer cette chronique. Durant deux années, si elle a suivi la formation intellectuelle dispensée au Séminaire Saint-Joseph, il nous a été donné de partager beaucoup plus que cela. Un grand Merci à elle et à bientôt...

Par ces lignes, qui me sont gracieusement offertes, je voudrais vous partager quelques réflexions sur le lien entre le vœu de chasteté et l'amour.

" Si la vie religieuse était renoncement

à aimer (…) elle n’aurait aucun sens. "

Souvent, en discutant avec des personnes à propos de la vie religieuse, je suis ‘blessée’ par l’image qu’ils ont de ce vœu. Pour beaucoup, en faisant profession, les religieux renoncent à aimer et à être aimés. Si tel était le cas, je crois que la vie religieuse n'aurait aucun sens et plus encore elle serait mortifère. Il suffit de lire quelques lignes de la Bible pour se rendre compte que l'amour et la vie sont intimement unis. « Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort. » (1Jn 3, 14) mais aussi « Et voici qu'un légiste se leva, et dit à Jésus pour l'éprouver : "Maître que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?" Il lui dit : "Dans la loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Comment lis-tu ?" Celui-ci répondit : "Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même." "Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela et tu vivras." » (Luc 10, 25-28) Ce commandement est le seul commandement que Jésus laisse à ses disciples : « A ceci tous vous reconnaîtrons pour mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres. » (Jn 13, 35) Comme disciples du Christ, nous sommes donc appelés à aimer et je dirais même que nous faisons profession d’aimer. Lors de la célébration de l’engagement des vœux, nous déclarons publiquement que nous choisissons d’aimer à cause même de l’amour du Christ.

“ Faire profession d’aimer.

Après cela, il peut se poser la question de la mise en œuvre de cet amour. Le renoncement à un mari (ou une femme), à des enfants et donc à un amour particulier et en quelque sorte exclusif, nous ouvre à l’universalité de l’amour. Notre Règle de Vie (constitutions) est très prolixe sur ce thème et notamment dans le chapitre qui a trait à la chasteté : « L'Esprit purifie leur cœur et les rend de plus en plus libres pour aimer leurs frères gratuitement, sans acception de personne, de l'amour même dont Dieu aime. Il transfigure progressivement leurs affections et leurs amitiés, et leur apprend à aimer sans exclusion ni possession. » (RV n°5) Je ne veux pas dire que les personnes mariées sont moins à même d’aimer, les enfants en sont la plus belle preuve, mais peut-être justement parce que les fruits sont moins visibles, la vie religieuse peut ouvrir le cœur à un amour plus universel. Aimer Dieu, ce n’est rien d’autre que d’aimer ses frères. « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » (Mt 25, 40).

“ Dieu (…) nous pousse à aimer. „

L’amour envers Dieu n’est pas désincarné non plus pour les religieux. Dieu n’est pas une idée, là-haut, il s’est fait homme et c’est lui qui nous pousse à aimer. Par le don de notre vie, dans toutes ses dimensions (corps, cœur, esprit), il peut aimer à travers nous. « Le Seigneur détruit toutes les barrières, et élargit leur cœur aux dimensions du sien. » (RV n°5) C'est un chemin long et difficile sur lequel le Christ nous emmène mais c’est le chemin de la vie. C’est seulement si le moteur de notre vie est l’amour que nous vivrons et comme disait saint Augustin : "Aime et fais ce que tu veux !" „

Soeur Aurélie.

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