02 novembre 2009
Homélie pour la commémoration des défunts
« Au cours du procès des criminels nazis à Nuremberg, un témoin vint à la barre, qui avait vécu, pendant quelque temps dans une tombe du cimetière juif de Vilna, en Pologne. C'était le seul lieu où, avec beaucoup d'autres, il avait échappé à la chambre à gaz. Pendant ce temps, il écrivit des poèmes, dont l'un décrit une naissance. Dans une tombe voisine, une jeune femme donna naissance à un garçon. Le fossoyeur octogénaire prêta son concours, enveloppé d'un suaire de toile. Lorsque l'enfant nouveau-né poussa son premier cri, le vieillard se mit à prier : « Grand Dieu, nous as-tu enfin envoyé le Messie ? Car qui d'autre que le Messie lui-même peut naître dans une tombe ? » Mais, après trois jours, le poète vit l'enfant qui tétait les larmes de sa mère car celle-ci n'avait point de lait pour lui. »[1]
Je ne peux vous partager ici tout le commentaire que fit Paul Tillich en rapportant cette histoire. Je ne peux que vous inviter à aller le lire et je ne peux que m’en inspirer pour vous partager quelques convictions, forgées non point au cours de mes longues années de ministère, mais affinées et patinées au contact des souffrants d'un hôpital où je suis envoyé en mission depuis plus d’un an.
Ce récit qui dépasse tout ce que l'imagination humaine pourrait inventer, n'a pas seulement une incomparable valeur d'émotion mais aussi une extraordinaire valeur de symbole...
Nos symboles chrétiens à être trop souvent répétés, et trop superficiellement, ont beaucoup perdu de leur puissance, de leur force, de leur choc initial serais-je tenter de dire... On a oublié, je crois, que la tombe de Jésus représentait la fin de sa vie et de son œuvre, de son ministère, avant d'être le lieu de son triomphe final. On a oublié, je crois, que le sépulcre a été fermé le vendredi soir avant d’être découvert vide au matin de Pâques. Il y a du sérieux à accorder à l'ensevelissement du Christ, cette mise au tombeau qui atteste sa mort réelle et irrévocable. C’est le sépulcre du vendredi soir, recevant la dépouille de notre Maître et Sauveur, qui nous autorise à pleurer la mort d’un être cher, sans aucune honte ni aucun risque de manquer à notre foi ; c’est le sépulcre du vendredi soir qui nous autorise à compatir avec des parents qui perdent un enfant, qui nous permet aussi d’adresser à notre Seigneur une prière violente à en casser les prie-Dieu quand la mort nous paraît injuste dans sa soudaineté, sa rapidité, sa précocité.
Ne passons pas trop rapidement sur le « a été enseveli » dans la récitation dominicale de notre Confession de foi…
Quelques phrases plus loin dans notre Credo, ne passons pas non plus trop vite sur le retour du Christ quand pour beaucoup de nos contemporains la résurrection n'est guère plus que l'heureux dénouement inévitable d’une histoire qui avait pourtant mal commencée et le retour du Seigneur un moment tout bonnement incompréhensible.
Le vieux fossoyeur juif avait du discernement. Pour lui, la tension incommensurable que comporte l'attente du Messie était une réalité, une réalité qui se manifestait dans le contraste infini entre ce qu'il voyait et l'espoir qu'il conservait, j’oserais dire : l’espérance qui l’habitait.
Attendre le retour du Christ. Et œuvrer pour cela.
Une conversation récente avec une moniale bénédictine a converti mon regard sur les fins dernières. Elle me disait que certes le moine (la moniale) est un croyant, mais plus il avance dans la vie monastique plus il se découvre comme un mal-croyant (voire pour reprendre l'expression de Dom Miquel comme un expert en athéisme). Le moine est bien plus profondément un espérant. Son espérance est nourrie par la pratique quotidienne, jour et nuit, de la prière des psaumes. Ce psautier pétri de la souffrance des hommes et de la promesse de Dieu, du désir, de la joie mais aussi de la violence, de l'absurde et de l'inlassable fidélité divine. Psautier qui apprend au moine à regarder le mal en face et d'abord dans sa propre vie et qui avive en lui le désir de Dieu.
Sans doute est-ce là l’une des nombreuses pâques que nous avons-nous-mêmes à accomplir dans nos propres vies : passer, chemin faisant, du statut assuré de croyant – combien de croyances avons-nous au fond de nous-mêmes ?... – au statut plus précaire et pèlerin de l’espérant…
Espérer son Maître : voilà ce que le croyant confesse quant il dit : « Je crois à la résurrection des morts et à la vie du monde à venir »; voilà ce que le croyant incarne dans les gestes envers le pauvre, envers l’affamé, envers le persécuté, envers le malade. Les croyants que nous sommes, comme disciples de Jésus, entrevoient alors déjà un monde autre, un monde transformé. Œuvrant, ils espèrent le retour du Maître, et le hâte.
Le Maître lui aussi attend. Il attend ses fils pour le repas d’Amour, pour le banquet éternel, pour la table qui rassasie sans fin.
Chers frères et sœurs, c’est déjà ce que nous pouvons vivre dans cette Eucharistie. À travers le signe du Pain et du Vin partagés, laissons nos cœurs s’approcher de celui qui nous attend et entendons-nous lui dire avec nos chers défunts : "devant ta face, débordement de joie ! A ta droite, éternité de délices" !
[1] P. Tillich, Les fondations sont ébranlées, Limoges, Robert Morel Editeur, 1967.

22 mai 2009
Et cette joie, je vous le dis...
Aimez-vous,
Aimez-moi.
Si vous m’aimez, laissez-moi m’échapper.
Si vous aimez vos proches, laissez-les s’écarter.
Si vous aimez vos petits, laissez-les s’envoler.
Si vous aimez vos défunts, laissez-les s’en aller.
Aimez-vous,
L’éloignement n’empêche pas la proximité,
L’absence ne supprime pas la présence,
L’écart n’interdit pas l’alliance,
La solitude ne rejette pas la solidarité.
Aimez-vous,
Le silence n’interrompt pas la parole,
L’ombre n’éteint pas la lumière,
Aimez-vous les uns les autres,
Allégez-vous les uns les autres,
Inventez-vous les uns les autres,
Elevez-vous, grandissez-vous.
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Aimez-vous et vous donnerez du fruit,
Aimez-vous et vous goûterez la paix,
Aimez-vous et vous mourrez la mort,
Aimez-vous et vous vivrez la vie.
Aimez-vous et ma joie viendra vous caresser
Et cette joie, je vous le dis,
Personne ne pourra vous l’ôter.
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Gabriel RINGLET.
18 avril 2008
Dimanche de prière pour les vocations
Le psaume 22 que la liturgie de l’Eglise nous proposait en ce dimanche de prière pour les vocations n’est pas pour me déplaire…
Un esprit malicieux, quelque peu facétieux, s’amuserait peut-être à établir un lien, rapide, entre certains versets où l’auteur écrit par exemple : « je ne manque de rien (…) Le Seigneur me mène vers les eaux tranquilles (…) je ne crains aucun mal (…) le Seigneur prépare la table pour moi… » et l’assurance, pour celui qui s’apprête à vivre aux côtés du Christ, en lui consacrant sa vie dans le ministère presbytéral, l’assurance d’une vie tranquille, paisible, d’un sentier droit, tout balisé, une route sans virage. Et il pourrait finalement penser qu’il en est de même pour toute vie vécue aux côtés du Berger qu’est le Christ.
Que cet esprit malicieux et facétieux me pardonne de le contredire.
Etre avec le Christ, quelque soit notre vocation, n’est pas « un long fleuve tranquille », un doux parcours tapissé de pétales de roses.
Etre avec le Christ, quelque soit notre vocation, n’est pas une assurance-vie toute terrestre, un contrat que l’on pourrait souscrire ici-bas auprès d’une société de services nous protégeant contre le multirisque. Cela n’a jamais été, ni pour les disciples des premiers siècles, ni pour nos frères chrétiens d’Irak en ces temps troubles, ni encore, plus près de nous, pour celles et ceux qui sont touchés par la maladie, la souffrance, le deuil, qui doivent faire face à un quotidien pénible.
Suivre le Christ, annoncer la Bonne Nouvelle du Salut offert à tous, c’est justement prendre tous les risques.
Le risque de se laisser bousculer dans nos certitudes quand nous témoignons de notre foi auprès de nos prochains.
Le risque de ne pas être accueilli, entendu, écouté.
Le risque de passer pour ringard dans un monde où tout évolue très vite, trop vite.
Le risque aussi d’accueillir une vocation particulière, pour un jeune homme ou une jeune fille, pour une famille aussi, un risque qui nécessite d’accepter de sortir de soi. De se laisser conduire sur des chemins inconnus. Et cela n’est pas toujours facile. Mais aujourd’hui, le Seigneur nous dit que ce chemin, à sa suite et non pas à ses côtés, conduit immanquablement vers des prés d’herbe fraîches.

Paroisse saint François de Sales - Paris - avril 2008.
17 février 2008
Prière chiite
Ô protecteur des saints,
Sécurité des craintifs,
Pourvoyeur des nécessiteux,
Ressource des démunis,
Trésor des malheureux,
Secours des hommes en détresse,
Toi qui satisfais les besoins des pauvres,
Ô très généreux et très miséricordieux.
Je te prie humblement et avec insistance :
Apaise ma soif par la fraîcheur de tes dons,
Déverse sur moi sans relâche tes faveurs.
Voici que je me tiens à la porte de ta générosité,
Exposé au souffle de ta bienveillance,
Attaché à Toi,
Lié à Toi.
Mon Dieu, aie pitié de ton serviteur,
Donne-lui l’abondance de tes richesses,
Garde-le sous ta protection,
Toi qui es bon, Toi qui es grand,
Ô très miséricordieux.
Prière chiite
25 janvier 2008
La prière du jour : suivre le Christ, vivre sa communion
.
En te suivant, toi le Christ,
nous choisissions d’aimer,
et non pas d’endurcir notre cœur.
Même quand survient l’incompréhensible.
Tu veux nous donner davantage encore : la paix des béatitudes.
Cette paix est là, non pas au loin mais toute proche,
tu nous l’offres à partir du regard de confiance
que tu as déposé en nous.
Par ton Esprit, tu souffles sur nous.
La passion d’une attente, l’attente d’une communion.
Sans elle, comment percevoir la vocation à être le levain dans la pâte de toute la communauté humaine ?
A l’image de la Vierge Marie
qui, loin de retenir pour elle-même Jésus son Fils,
l’offre au monde,
nous aussi nous voudrions te donner ce que tu nous donnes.
09 décembre 2007
Une prière pour l'Avent
Viens bientôt, Sauveur du monde,
lève-toi, clarté d’En Haut,
vrai soleil du jour nouveau,
viens percer la nuit profonde.
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Vois le mal et la souffrance
et tant d’hommes chancelants
dans l’immense enchaînement
du mépris et des violences.
.
Ta naissance dans l’histoire
transfigure nos tourments
en douleurs d’enfantements
où déjà surgit ta gloire.
.
Commission francophone cistercienne
07 juillet 2007
La prière du jour
« Prends Seigneur toute ma liberté ;
reçois ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté ; tout ce que je
possède, tu me l’as donné ; je te rends tout, tu peux en disposer selon ta
volonté ; donne-moi ton amour et ta grâce et alors je serai riche, et cela
me suffit. »
S. Ignace
07 février 2007
Une prière de Maximilien Kolbe
" Immaculée Conception,
reine du ciel et de la terre,
refuge des pécheurs et mère très aimante,
à qui Dieu voulut confier tout l’ordre de la miséricorde,
me voici à tes pieds, moi, pauvre pécheur.
Je t’en supplie, accepte mon être tout entier
comme ton bien et ta propriété.
Agis en moi selon ta volonté,
en mon âme et mon corps,
en ma vie et ma mort et mon éternité. "
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- Maximilien Kolbe, peu de temps avant sa déportation par les nazis. -
02 février 2007
L’expérience du pardon
En préparant mon examen d’exégèse - sur un psaume de Pardon -, suis retombé sur deux textes splendides. Un partage obligé…
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. « … faire de l’eau pure avec de l’eau mauvaise,
de l’eau jeune avec de l’eau vieille…
de l’eau neuve avec de l’eau usée.
Des sources avec de la vieille eau.
Des âmes fraîches avec des vieilles âmes…
des âmes claires avec des âmes troubles…
mais c’est d’une âme impure qu’elle fait une âme pure
et c’est le plus beau secret qu’il y ait dans le jardin du monde… »
Charles Péguy, Le porche du Mystère
de la deuxième Vertu, éd. de La Pléiade, p. 640.
« Dans la mentalité occidentale, (…) reconnaître ses propres torts est considéré comme une humiliation ou une atteinte à la dignité.
Si étranger à la condition humaine, le pardon est une réalité du Royaume de Dieu dont les tièdes et les froids n’ont que faire.
Pour qui veut pardonner, il y a un avant et un après.
Un avant quand il se dit : j’ai trop été blessé dans mon enfance, rejeté et humilié ma vie durant, la révolte en moi est telle que je ne peux pas pardonner.
Et il y a un après quand, ayant pardonné, il découvre le commencement d’une résurrection sur la terre.
Le pardon : un miracle sans équivoque, l’extrême de l’amour. Chaque fois qu’il est reçu, passe le Dieu vivant… »
Frère Roger de Taizé, Fleurissent les déserts du cœur.
Fraternellement,
27 janvier 2007
Prière pour la ville, prière sur la ville
Pour la première fois depuis que je suis installé à Paris, j’ai entendu jeudi les cloches de l’église de ma paroisse du XVIIe arr. Elles sonnaient 9 heures ! Anecdote, me direz-vous ? Pour moi, non !
Séminariste à Bordeaux, j’éprouvais une joie inégalable lorsqu’il m’était possible de me retrouver dans une salle du 3ème étage, un peu isolée du reste de la grande bâtisse, pour me plonger alors dans mon bréviaire et prier. Cette pièce confortable, d’ordinaire réservée aux musiciens, offrait, par ses grandes fenêtres, une vue panoramique imprenable sur la capitale aquitaine, ses toits et ses maisons, ses monuments et ses artères de circulation. Les fenêtres ouvertes, les bruits de la ville montaient jusqu’à moi : les sonnettes du tram, avertissant les piétons de son passage imminent, les klaxons inévitables des conducteurs pressés de rentrer chez eux, les sirènes des secours en tous genres… Et, la nuit tombant, on pouvait guetter un à un les petits carrés de lumière apparaissant sur les façades des immeubles, témoins du retour de chacun dans son « chez-soi » après une journée de labeur. Combien de fois me suis-je imaginé la vie de ces personnes ? Certaines devant rentrer seules, d’autres passant auparavant chez la nourrice pour y « récupérer les enfants », d’autres, certainement, rentrant fourbues d’une journée de recherche d’emploi, d’autres encore, gagnant leur domicile remplies de joie, ayant reçu une bonne nouvelle ; d’autres, déçues, en ayant appris une mauvaise…
Au Séminaire des Carmes, seule la cellule de Christian de Chergé, aménagée en mémoire de celui qui fut assassiné à Tibbhirine en Algérie en 1996, offre une vue un peu similaire. Une minuscule fenêtre, plongeant sur un corridor de l’Institut catholique, nous laisse percevoir, ultimement, un bout de la rue de Vaugirard et deviner quelques fenêtres d’un immeuble cossu. Il m’arrive, au cours de ma prière, de lever les yeux et d’observer alors quelques instants les silhouettes se détachant derrière les fenêtres de cette façade. Quelles sont les vies de ces personnes ? Connaissent-elles Dieu ? Savent-elles qu’elles sont aimées ? Dieu, lui, les connaît. Assurément. Lui qui appelle chacun par son nom, qui nous connaît tous plus intimement que nous-mêmes pouvons nous connaître.
Alors, quand j’ai entendu ces cloches sonner, que je sortais de ma bouche de métro, ce jeudi matin, entouré d’une foule pressée, bigarrée, en plein cœur du XVIIe arr., bien sûr, j’ai prié. Pour ces anonymes. Pour ceux qui ont entendu ces cloches. Et pour ceux qui ne les ont pas entendues.
Le Cardinal Lustiger, lorsqu’il était encore archevêque de Paris, avait rédigé une « Prière pour la ville ». Voilà bien longtemps que je l’ai faite mienne. Faîtes-la vôtre, pour vous-même, pour la ville, pour le monde.
« Dieu notre Père,
tout-puissant et miséricordieux,
créateur du ciel et de la terre,
écoute la prière de tes enfants.
Fais rayonner ta lumière sur cette ville
où depuis des siècles,
tant d’hommes et de femmes
cherchent à te connaître et à t’aimer.
Ouvre les portes et les cœurs :
que ton Fils puisse y faire sa demeure. »
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Fraternellement,

















